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1 / Quelle nouvelle ! Comment réagis-tu à cette annonce ?
Sincèrement, je suis encore un peu partagé entre l’enthousiasme et l’incrédulité, même si cela fait maintenant presque sept mois que je travaille sur l’album.
C’est un projet que j’aborde avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi avec une grande responsabilité.
Cette série est celle qui m’a véritablement foudroyé à l’adolescence et qui a fait naître en moi un amour profond pour la bande dessinée : c’est sur ces pages que j’ai appris l’art de la couleur et de la narration. C’est aussi la série qui m’a fait comprendre que, un jour, je ferais tout pour exercer ce métier, même si cela me semblait alors totalement inaccessible. C’est pour cela que pouvoir aujourd’hui en proposer ma propre interprétation est quelque chose de difficile à exprimer avec des mots.
L’enthousiasme est d’autant plus grand que je vais enfin pouvoir coloriser les pages en couleur directe, ce qui a toujours été un rêve pour moi. Pouvoir partager cette nouvelle avec les lecteurs et les fans est donc quelque chose que j’attendais avec une immense impatience.
2 / Comment l’éditeur est-il arrivé jusqu’à toi / comment as-tu été approché ?
C’est une histoire assez particulière. J’étais en contact avec Desberg depuis un bon moment, et nous travaillions sur un projet un peu « à quatre mains » : il avait développé un scénario à partir d’une de mes idées, que nous avons ensuite proposé à Dargaud Benelux.
Yves Schlirf, le directeur éditorial, a trouvé le projet intéressant, mais il avait depuis longtemps une idée qu’il n’arrivait pas à se sortir de la tête, et dont il ne m’avait en réalité jamais parlé : que je reprenne Le Scorpion. La proposition m’a pris complètement de court, je ne m’y attendais absolument pas. Mais je ne pouvais évidemment pas l’ignorer, car, comme je l’ai déjà dit, cette série a compté énormément pour moi.
3 / Quels sont les plans : un album par an, ou plutôt par cycles ?
La demande de l’éditeur a été très claire : un album par an, un rythme que je compte respecter de manière rigoureuse. L’idée est de retrouver une cadence régulière, afin de ne pas faire attendre trop longtemps les lecteurs entre les épisodes et de redonner une véritable continuité à la série. Le tome 15 paraîtra d’ici la fin de cette année.
Sur le tome 16, que Stephen est en train d’écrire actuellement à plein régime, nous retournerons à Rome, en revenant en partie aux origines de la série, avec des intrigues liées à certains personnages du passé. Stephen a encore énormément de choses à raconter.
4 / Qu’est-ce qui va se passer maintenant avec Roodbaard ?
C’était une question centrale. Par nature, j’ai besoin de donner 100 % de moi-même en termes de qualité. Travailler simultanément sur deux séries importantes, en assurant également la couleur — ce qui n’est pas un détail — tout en respectant une cadence d’un album par an pour chacune, aurait été tout simplement impossible pour moi.
J’ai donc décidé, non sans un certain pincement au cœur, de laisser Barbe-Rouge. Je savais que ce moment finirait par arriver un jour, et cette opportunité a été celle à laquelle je n’ai pas su résister.
5 / N’as-tu pas de regrets de mettre Roodbaard de côté pour un autre projet ?
Ce fut un immense plaisir pour moi de pouvoir donner ma propre interprétation à un personnage aussi important que Barbe-Rouge, auquel je me suis beaucoup attaché, même si j’ai toujours ressenti une certaine distance émotionnelle. C’est une série née et devenue un grand succès avant même ma naissance, et qui appartient à l’imaginaire d’une génération différente de la mienne. J’en reconnais pleinement l’importance et j’ai le plus grand respect pour sa place dans la grande tradition de la bande dessinée classique.
Il reste donc un léger regret, inévitable, lié à l’attachement que j’ai pour Barbe-Rouge et pour les personnes avec lesquelles j’ai travaillé sur cette série, mais il est largement dépassé par l’enthousiasme, la joie et l’énergie que m’apporte ce nouveau chapitre. Le Scorpion est quelque chose que je ressens comme beaucoup plus proche de moi, à tous les niveaux.
6 / Comment te situes-tu par rapport au style de Marini et de Critone ? Vas-tu apporter tes propres accents, ou y a-t-il des règles imposées ?
Comme pour Barbe-Rouge, je travaille ici sur des personnages qui ne m’appartiennent pas, et auxquels j’apporterai ma propre interprétation, dans le respect total des créations d’Enrico et de Stephen. Une chose est certaine : Marini a été et reste l’une de mes principales influences artistiques, notamment en ce qui concerne la couleur. Mon style naturel est donc forcément plus proche du sien que de celui d’Hubinon.
Cela dit, l’éditeur ne m’a jamais demandé de copier un style, et je pense qu’il en a été de même pour Luigi, qui a lui aussi apporté sa propre interprétation. Il existe évidemment des éléments essentiels à respecter pour assurer la cohérence de la série — la physionomie des personnages, les atmosphères, une certaine narration cinématographique — mais pour tout le reste, on m’a clairement demandé d’être moi-même, totalement.
On se retrouve donc dans les pages du nouveau Scorpion. Je fais de mon mieux, et j’espère que vous l’accueillerez avec le même enthousiasme que celui que je ressens en dessinant ces pages.